Chapitre 1 :Un vent froid parcourut soudain ma peau nue et autrefois chaude, alors que je sentis ma couette atterrir de l'autre côté de la pièce. Ma mère me regarda d'un air furieux, bien décidée à m'extraire du lit. Mais je refusai obstinément de bouger, recroquevillée tel un chat, la tête enfoncée dans mon épais oreiller qui sentait encore la lessive. Ma mère m'attrapa les chevilles et me tira vers elle, laissant mes fesses pendre dans le vide alors que le reste de mon corps reposait mollement sur le matelas. En cet instant, je la haïssais.
- DEBOUT !
- Non, pleurnichai-je. Laisse-moi dormir.
- Il est quatorze heure, tu ne vas pas passer ta vie au lit, je rêve. Je t'ai entendu parler au téléphone jusqu'à pas d'heure !
- Mais non, j'ai pas parlé beaucoup, j'ai raccroché il n'était que deux heures du matin.
- QUE ?
- Oh oui c'est pas grave. Julia et moi, on planifiait notre voyage en France pour le Parc des Princes.
- Pff toi et tes porcs-épics !
- Tokio Hotel, maman, et le porc-épic il n'y en a qu'un !
Ma mère grogna et je l'entendis descendre les escaliers en grommelant des trucs sur « ce stupide groupe de rock qui a fait tourner la tête de ma fille ». Je sortis du lit à pas furieux, récupérai ma couette, enroulai mon corps nu dedans et m'asseyais sur mon lit, regardant d'un air attendri mon poster de mon groupe préféré, Tokio Hotel. Tokio Hotel, pour moi, c'était plus que du fanatisme, c'était de l'amour. Ils avaient représenté, ces trois dernières années, plus d'amour, de rires et de pleurs que toute ma vie. Du haut de mes vingt ans, je pensais sans cesse à eux, m'inquiétais tout le temps pour eux, parlais tout le temps d'eux... C'était une obsession, un besoin vital, une bouffée d'oxygène dans un quotidien trop pâle.
Je ne faisais pas partie de ces filles -et mecs- qui devaient leur survie à eux, j'avais eu une vie normale, sans problèmes, une vie plate et fade. Tokio Hotel avait été comme le Tabasco servant à relever un plat sans goût.
Armé d'un CAP plomberie -oui très féminin- je m'étais engagée dans la longue et tumultueuse recherche de boulot. Pour aboutir à... rien. Fin si, je réparais la plomberie des voisins de temps en temps. Bref, pas glorieux. Quand je disais à des personnes qui ne me connaissaient pas, que j'étais plombier, j'avais souvent le droit à des hurlements de rire. Il est vrai que je n'en avais pas le physique.
J'étais une femme de vingt ans, vivant toujours chez ses parents, toute petite et fine comme une allumette, sans aucune force ni résistance, avec une petite voix et des manières de bébé. J'avais aussi de longs cheveux bruns qui m'arrivaient aux fesses avec une lourde frange me tombant sur les yeux. Je haïssais mes cheveux. Ils étaient secs, ils étaient moches, ils n'étaient pas parfaitement lisses et brillants mais ondulaient d'une manière affreuse autour du visage avant de finir droit comme des baguettes et de s'entortiller sur les pointes. J'étais également trop petite -un ridicule mètre cinquante cinq- mon nez était tout retroussé, j'avais les lèvres trop fine et le teint trop pâle. Bref, j'étais affreuse !
- Jasmin lève toi !
Et dotée d'un prénom affreux !
Je rêve, qu'est-ce qu'ils avaient fumé mes parents il y a vingt ans pour me chier un prénom pareil ? Jasmin ! C'est moche, brut, agressif.... Donc, pour tout le monde, c'est Jasmina.
- J'arrive maman.
Je sortis du lit, jetant un dernier regard au poster où Bill trônait fièrement au milieu, sa hanche se barrant légèrement sur le côté. Après une rapide douche, je m'enroulai dans une serviette immense, mes longs cheveux gouttant sur le sol. Je maquillai rapidement mes yeux d'un trait noir qui mettait en avant les reflets argentés de mes yeux gris, une petite touche de rouge à lèvre rose pâle et je m'habillai d'une robe qui m'arrivait à mi-cuisse. Pour une fois qu'il faisait chaud et beau...
Quand je descendis, ma mère me regarda d'un air exaspéré, le regard qui signifiait clairement qu'elle me trouvait longue. Je pris un paquet de gâteau au chocolat, me laissai tomber dans le canapé et allumai la télé sur une chaîne pour enfants qui passait des dessins animés ridicules. Ma mère, assise dans un coin, faisait du tricot -un truc qui la passionnait, ce que je n'avais jamais compris- son MP3 sur les oreilles.
On passa l'après-midi à nous occuper chacune dans notre coin, mais profitant de la présence de l'autre. Débile, certes, mais on aimait être comme ça. On n'était pas de très grandes bavardes -si si je vous jures. Le soir, quand mon père fut enfin rentré de son boulot de plombier, ma mère fit apparaître une salade composée qui l'enchanta à elle seule. Mon père était plus friand de gros morceaux de b½uf accompagnés de frites et moi, même si j'aimais bien les légumes, j'étais plutôt du genre, pizzas, hamburgers et gâteaux.
A la fin du repas, ma mère me fit mon biberon de chocolat et elle me le tendit avec un regard blasé. Elle ne rêvait que d'une chose, me voir grandir, alors que mon père adorait me voir boire mon biberon. Comme tout père, il refusait de voir sa fille grandir et avait toujours été heureux et triste de ne voir jamais de garçon à la maison. Et oui, malgré mes vingt ans bien entamés, je n'étais jamais sortie avec un garçon et j'étais désespérément vierge. Oui je sais, pathétique. Mais j'avais toujours eu un « blocage », les garçons me faisaient un peu peur et je ne ressentais pas le besoin de sortir avec quelqu'un. J'étais très bien toute seule et je me suffisais amplement.
Petit chapitre de mise en place...
L'histoire va commencez doucement mais dans quelques chapitres,
tout va se lancer !